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Contes et légendes - Le puits d'INVERSY



LE PUITS D’INVERSY

CONTES ET LEGENDES, extraits de l’Abeille du Bugey et du pays de Gex
C’était le 15 avril 1430.
La Michaille, sous l’influence des tièdes journées d’un printemps hâtif, avait retrouvé sa verdure, et les bois se couvraient de feuillage tendre.
Le Jura, le mont Chalame, et les montagnes de Champfromier conservaient seuls sur leurs sommets un reste de neige, qui, en fondant engendrait cents ruisseaux roulants avec bruit leurs eaux troubles dans la Valserine.
Monté sur le haut de la tour, Louis-le Terrible, comte de CHATILLON, promenait des regards de satisfaction et de plaisir sur son vaste comté.
Placé comme un nid d’aigles au-dessus du rocher contre lequel est adossé CHATILLON DE MICAHILLE, le château des comtes, vieux manoir assez mal bâti qu’on appelait "Chastel de Saint Michel", dominait toute la Michaille.
Le comte voyait à ses pieds, mugissantes dans un immense ravin, la Valserine et la Semine, qui charriaient vers le Rhône leurs eaux jaunâtres et tumultueuses.
Louis aimait la nature, quand elle touchait de près, et qu’il n’était pas en colère.
Rares moments, car il était irascible, et ses emportements amenaient toujours des violences et des catastrophes.
45 ans, taille élevée, corps d’hercule, l’œil fauve et perçant, barbe hérissante, physionomie menaçante enfin, tel était Louis le Terrible, devant qui tout le monde tremblait.
Mais le 15 avril 1430, lorsqu’il planait du haut de son donjon noirci, il avait perdu sa rudesse et il se livrait même à une sorte de rêverie douce et mélancolique.
Il ne se promène plus, il ne regarde ni la Michaille, ni les troupeaux d’Ardon qui paissent dans les prairies d’alentour: un objet captive son attention.
Sur la pelouse, aux pieds du château, une femme se meut vive et alerte: sa taille svelte et élancée, ses formes arrondies se dessinent gracieusement sous sa longue robe traînante; ses cheveux bruns, retenus par un bandeau, retombent en boucle le long de son cou éclatant, et, encadrent sa figure ravissante de gâce et de fraîcheur.
"Elle n’a rien de commun avec les femmes du village, pensait le comte, ces vilaines, ces manantes, fagotées de haillons dégoûtants!".
D’abord, il vait cru ...mais non: cette femme, c’est Hildebrige!, sa fille cadette, sa chère Hildebrige!
Avec tout son amour de père, il suit ses moindres mouvement; il rêve pour elle... il se livre à de douces émotions: c’est ce qui l’absorbe...
Mais, elle paraît inquiète; elle s’approche vers le bord des précipices, plonge ses regards vers la rivière, et cherche à voir, à découvrir quelque chose.
"Que peut-elle chercher avec tant de préoccupation, se demandait le comte? admire-t-elle aussi ce spectacle sublime et mystérieux de la nature? Les chants confus et joyeux des oiseaux jettent-ils dans son âme d’heureuses pensées d’avenir? Elle a 19 ans! et déjà j’ai cru remarquer...Mais je m’en occuperai".
Un bruit de pas du côté du village attira l’attention du comte.
Un homme se dirigeait vers le château.
C’était Jean Cottaret, fils d’un des principaux habitants, et le plus beau gars de l’endroit.
Il sera sans doute plus tard échevin ou bailli d’Ardon ou de Chatillon.
Il n’a que 20 ans, mais sous son juste au corps gris, on voit la force et la vigueur; sa figure imberbe est vaillante et sa taille avantageuse.
Il tient à la main, un panier d’osier blanc: Jean Cottaret s’occupe de pêche.
Il s’approche d’un pas assuré, en homme habitué à venir au château.
La mère de Jean avait allaité la fille du comte et, pendant longtemps Hildebrige et son frère, comme elle disait, s’étaient amusés ensemble.
Ils avaient ainsi contracté l’un pour l’autre une certaine amitié; mais maintenant qu’Hildebrige était grande châtelaine, Jean n’osait plus se montrer au château.
Il n’y venait que sous un prétexte valable.
Trouvait-il dans ses nasses quelques belles truites de la Valserine?
Vite, il accourait au manoir en faire don au comte, ou plutôt à Hildebrige.
truite.gif
Le cœur noble et chevaleresque de la jeune fille ne dédaignait pas l’hommage ni même l’amitié d’un des vassaux de son père.
Sans réfléchir à l’avenir, leurs jeunes cœurs éprouvaient l’un pour l’autre une véritable sympathie.
Ce 15 avril, quand le comte le vit venir, il s’empressa de descendre, et Jean arriva sous la porte du château quand le comte déboucha de celle de la tour.
"Votre valet!" dit le fils Cottaret
"Bonne santé, mon garçon, répondit le comte"
"Votre seigneurie veut-elle me faire l’honneur d’accepter deux ou trois truites que son valet ose lui offrir?"
"De grand cœur, mon enfant, porte-les à la cuisine."
"Et ton père et ta mère se portent-ils bien?"
"Mais très bien, Monseigneur, ils vous présentent leurs respects."
"Je les accepte. Tes parents sont de braves gens".
Sur ces entrefaites, Hildebrige survint.
Elle avait entendu et la curiosité la fit rentrer au château.
Son visage se colora légèrement, tandis que Jean s’inclinait profondément.
Le comte lui mit dans la main une pièce de deux sols, et le reconduisit à la grande porte.
Cependant, le comte avait remarqué l’accueil empressé et cordial que sa fille avait fait à Jean.
Un léger soupçon lui fit froncer le sourcil; mais il dura peu.
Toutefois, il résolut de s’informer.
Dans l’après-midi, il parle à son intendant.
Celui-ci, dur comme son maître, confirma ses prévisions.
On avait vu Jean errer quelques fois près des bois, non loin du château, regarder vers les fenêtres et faire des signes imperceptibles.
Une fois même, on avait surpris Hildebrige lui faisant aussi des signes d’intelligence.
Plus de doute pour le comte; et l’inspection qu’Hildebrige faisait le matin, contre la rivière, du haut des roches, s’expliquait clairement.
Il en parlerait à souper.
Le soir venu, Louis-le-Terrible se montra de très mauvaise humeur; il se mit à table sans rien dire.
Le souper fut longtemps triste et silencieux.
Une des truites de Jean fut encore rapportée.
Le compte prit le plat et alla le jeter par la fenêtre.
Elle tomba dans la cour, et les chiens la mangèrent.
"Qu’est-ce donc, mon ami", demanda la comtesse émue?
"Malédiction!" s’écria le comte d’une voix tonnante.
"Mais non...avant? Hildebrige? réponds-moi."
La jeune fille tressaillit et pâlit.
"Ce matin, poursuivit le comte, quelle était ton idée en cherchant avec tant d’ardeur à distinguer, depuis sur les rochers, quelqu’un vers la rivière?"
Les évanouissements étaient inconnus de nos belles châtelaines du moyen-âge.
Hildebrige se troubla, son charmant visage s’inonda de larmes et balbutia:
"Mais aucune...de mauvaise...mon père!"
"Assez! assez! …tu mens: ton trouble me le dit. Comment! fille indigne et dénaturée! ton âme de boue renie ses ancêtres et fait rougir leurs cendres, en estimant, en aimant! en recherchant! un roturier! un vilain! un manant! Jean Cottaret, enfin!"
"Mon père! murmura Hildebrige, c’est un noble cœur!...et ..."
Le comte bondit de son siège, sa barbe se hérisse, ses yeux lancent des éclairs, sa large main saisit le manche de son poignard et, le brandissant, il s’écria d’une voix effrayante:
"Par Satan! par Saint Michel! ce vil mannant mourra!!!..."
Et après quelques secondes de frémissements, il ajoute d’un ton lugubre et farouche:
"AUX OUBLIETTES!!!"
Un frisson d’horreur parcourut les membres de la Comtesse et de ses enfants: Hildebrige était suffoquée.
Sa mère appela ses gens, et on l’emporta dans son lit.
Le comte, furieux, sortit pour donner des ordres.
Trois heures plus tard, la vieille horloge du château tintait dix coups; la nuit était sombre; quatre fantômes noirs rôdaient dans les rues tortueuses et raides du vieux Chatillon.
Ils s’arrêtaient près de la porte de chaque chaumière, et plusieurs fois ils regardèrent à la petite fenêtre de la maison d’André Cottaret, père de Jean.
Ils paraissaient contrariés de ne pas trouver l’objet de leur recherche nocturne.
Tout à coup, ils entendirent des pas qui semblaient venir contre eux; ils s’embusquèrent promptement vers une porte de grange.
Celui qui s’approchait se mit à siffler sur l’air gai d’une ronde de l’époque.
Les quatre fantômes palpitaient d’émotion, car ils avaient cru reconnaître celui qu’ils cherchaient.
Lorsqu il fut arrivé à leur porte, ils se levèrent comme un seul homme, et Jean, c’était lui, se vit assailli par quatre spectres qui semblaient sortir de terre.
En un clin d’œil, il se trouva bâillonné, garrotté, et sa tête enveloppée d’un linge, en même temps qu’une voix sourde lui disait:
"Si tu cries, TU ES MORT!"
Il se sentit immédiatement emporté avec rapidité, et trois minutes plus tard, on le couchait à terre.
"Voilà votre homme, seigneur comte", disait quelqu’un.
"MERCI! MON BRAVE Rogrif: je ne pouvais mettre ma confiance qu’en mon digne intendant", répondit une voix bien connue de Jean.
Maintenant, mes amis, descendez ce messire au lieu qui lui convient.
Un instant après, Jean, débarrassé de ses cordes, était enchaîné dans un profond caveau, à l’air infect, sur un peu de paille pourrie, parmi des ossements, des salamandres, des limaces et des rats.
"Voilà du pain et de l’eau pour deux jours", lui dit sire Rogrif; après quoi tu rêveras à ton aise aux beaux yeux de la comtesse Hildebrige.
L’intendant sortit, verrouilla une lourde porte, et Jean se trouva enseveli vivant dans sa tombe.
Jean comprit tout.
On devine son désespoir et ses cris; mais sa juste indignation, les sentiments tumultueux qui bouleversaient son âme, étaient impuissants contre son malheureux sort.
La lutte était impossible: il était voué à la sauvage et féroce vengeance du comte.
Epuisé et hors de lui, il tomba sans mouvement et attendit la mort.
Dire la douleur et les larmes de ses parents est inutile.
Toutes les informations et recherches n’aboutirent à rien.
Mais quelques gens bien avisés soupçonnèrent fortement le comte.
Ces chuchottements s’accréditèrent, et comme depuis longtemps, la tyrannie féodale avait exaspéré les esprits les plus débonnaires, on murmura bientôt d’assaillir le château.
Le second jour après l’emprisonnement de Jean, le comte eut connaissance de ces bruits.
Il résolut de se débarrasser du jeune homme, et dans sa fureur, il ordonna à Rogrif de pendre, le soir même, le fils Cottaret.
Le soir donc, Jean , demi-mort, fut tiré des oubliettes, et pendu dans la cour du château.
Louis le Terrible, par une raffinerie de férocité, et pour punir les habitants de Chatillon de leur velléité de révolte, commanda d’aller jeter une jambe du mort dans le Puits d’Inversy, non loin du château et unique réservoir du village.
pendaison.jpg
puits.jpg Ce qui fut exécuté sur l’heure par les estafiers (domestique armé) du comte; et le corps du jeune Cottaret fut, par exception, enterré dans les oubliettes mêmes.
Cependant, UNE FOLLE, qui vivait de la charité publique, était couchée ce soir-là dans l’écurie du château.
Elle vit une partie de ce drame atroce: elle entendit le comte ordonnant de jeter une jambe dans le puits...
Mais on s’aperçut qu’elle était là, et le servile Rogrif, pour la punir, la chassa dehors:
"Si tu parles de ce que tu as vu, on te tue!"
Huit jours s’écoulèrent.
Les habitants de Chatillon trouvant l’eau d’Inversy détestable, empoisonnée!
Plusieurs en furent malades.
Jeanne, la FOLLE, se souvenant qu’on lui avait interdit de de dire ce qu’elle savait, pensa naïvement qu’elle pouvait le dire aux pierres.
Elle parcourut donc le village en répétant:
"Pierres! Pierres! dans le puits d’Inversy, il y a la cuisse d’un pendu!"
On crut d’abord que c’était une de ses nombreuses folies; mais cette étrange révélation, jointe à l’empoisonnement de l’eau, fit qu’on résolut de s’en assurer.
Presque tous les habitants se rendirent au puits avec des crochets; et, à l’horreur, on retira une jambe à moitié décomposée!
Tous prirent des pierres et les jetèrent dans le puits, qu’on abandonna et qui se combla peu à peu.
Depuis lors, plusieurs habitants creusèrent des citernes auprès de leurs demeures; d’autres allèrent chercher de l’eau vers la source de Cras.
Depuis longtemps, le comte envoyait prendre à l’excellente fontaine d’Ardon, l’eau nécessaire au château.
Enfin, ajoutons que cet évènement augmenta chez les habitants leur terreur pour le comte et leur effroi pour le sombre château.

P.S.: les habitants de Chatillon bénéficient aujourd’hui d’une eau parfaite tout à fait potable!


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